Fluidifier la mobilité artistique entre l’Afrique et l’Europe : pistes concrètes

La mobilité des artistes et des professionnels de la culture entre l’Afrique et l’Europe se heurte encore à de nombreux obstacles, qui entravent la fluidité des échanges culturels entre ces deux continents géographiquement proches mais souvent éloignés sur le plan des relations.

Pourtant, faciliter la mobilité des créateurs entre ces deux espaces revêt une importance cruciale à plusieurs titres. Tout d’abord, cela permettrait d’enrichir le dialogue interculturel et la connaissance mutuelle entre les sociétés africaines et européennes. Les artistes sont des passeurs privilégiés de visions du monde, d’imaginaires, de valeurs. Leurs voyages tissent des ponts réciproques de compréhension.

Ensuite, lever les blocages actuels rapprocherait du principe du libre partage des biens culturels et de la diversité des expressions, inscrit dans la Convention de l’UNESCO. Cela rééquilibrerait des échanges aujourd’hui encore trop à sens unique.

Par ailleurs, la possibilité de circuler librement renvoie au droit fondamental de toute personne à participer à la vie culturelle, garanti par plusieurs textes internationaux. Les entraves actuelles bafouent ce droit élémentaire.

Enfin, fluidifier la mobilité artistique permettrait de resserrer les liens dans toutes les sphères – politique, économique, universitaire – entre l’Afrique et l’Europe. La culture est un puissant vecteur d’influence et de compréhension mutuelle.

Ainsi, les enjeux dépassent largement le seul cadre des professionnels de la culture. C’est potentiellement toute la relation entre ces deux continents proches mais souvent distants qui se joue. Pourtant, de multiples blocages perdurent, qu’il est urgent de lever.

Les principaux blocages pour une mobilité artistique fluide

La mobilité des artistes et professionnels de la culture entre l’Afrique et l’Europe se heurte encore à de multiples obstacles, qui entravent la fluidité des échanges culturels entre ces deux continents.

L’incompréhension des agents consulaires

L’un des écueils majeurs réside dans l’incompréhension fréquente de la part des agents consulaires, qu’ils relèvent des ambassades et consulats ou des prestataires externes, face aux spécificités des parcours et des projets artistiques. Le manque de familiarité avec les réalités du secteur culturel conduit trop souvent à des refus de visas abscons, étayés par des motivations discutables ou absurdes.

De nombreux artistes africains se voient ainsi opposer des fins de non-recevoir, basées sur des raisons déconnectées de leur situation individuelle. L’absence supposée de garantie de retour dans leur pays d’origine revient fréquemment, alors même que les créateurs disposent de solides attaches familiales et professionnelles sur place.

Plus largement, c’est la méconnaissance des textes internationaux sur les droits culturels qui transparait. L’interprétation administrative stricte des critères d’attribution entre en contradiction avec l’esprit de conventions comme celle de l’UNESCO sur la protection de la diversité des expressions culturelles.

Cette incompréhension tient à l’absence de formation des agents consulaires sur les spécificités des mobilités artistiques. Rien n’est prévu pour leur permettre d’appréhender la nature des invitations et des activités menées dans le secteur culturel. Dès lors, ces personnels appliquent de façon mécanique des grilles d’analyse mal adaptées.

Il en résulte une approche bureaucratique binaire des dossiers de demande de visa, sans prise en compte des contextes humains. Pourtant, la plupart des pays européens disposent de services culturels au sein de leurs ambassades, ouverts au dialogue avec les opérateurs locaux. Mais ces attachés culturels ne sont pas associés à la procédure d’examen des visas court séjour délivrés par les consulats.

Cette absence de passerelles nuit à la fluidité des échanges. Elle prive les agents en charge de l’instruction de l’expertise qui permettrait de mieux appréhender les invitations et les cas individuels. Au final, nombre d’artistes africains se voient refuser des visas sur des motifs abscons et erronés, faute de compréhension réelle de leur situation.

Les lourdeurs administratives

Au-delà de l’incompréhension des agents, l’opacité et la lenteur des circuits administratifs relatifs aux visas constituent un autre écueil majeur. Le parcours du combattant commence dès le dépôt des dossiers, qui doit se faire physiquement auprès des consulats. L’obtention d’un rendez-vous relève déjà du défi, avec des délais d’attente dissuasifs.

S’ensuit toute une série d’allers-retours imposés par les demandes de documents complémentaires, sur des points de détail ou des formulations alambiquées. La moindre erreur est prétexte à rejeter le dossier et imposer un nouveau passage.

Ces lourdeurs bureaucratiques s’accompagnent d’un manque de transparence criant sur l’avancée du traitement et les motifs réels des blocages. Les possibilités de recours ou de contestation sont très limitées, plaçant les demandeurs dans une situation de grande vulnérabilité.

En outre, la non-harmonisation des procédures entre les différents pays européens complexifie les démarches. Un visa délivré par un pays ne garantit pas la possibilité de se rendre dans d’autres pays de l’espace Schengen durant le séjour. Cette hétérogénéité des pratiques nationales génère une confusion supplémentaire. Les tentatives pour mettre en place des formulaires standardisés et des plateformes numériques communes patinent. Pourtant, cette uniformisation fluidifierait grandement les demandes pour des tournées impliquant plusieurs escales.

Même lorsque le visa fini par être délivré, sa durée brève et son caractère non renouvelable imposent de repasser par toutes les étapes quelques mois plus tard. Cette instabilité empêche les opérateurs culturels de construire des projets artistiques sur le long terme ou des tournées d’envergure.

Au final, ces lourdeurs administratives excessives génèrent des situations kafkaïennes. Elles heurtent le principe même de participation libre et éclairée à la vie culturelle, garanti par les textes internationaux sur les droits humains.

Le cloisonnement entre institutions

Par ailleurs, la question de la mobilité artistique se situe à la croisée des enjeux de politique étrangère, culturelle et migratoire. Elle implique donc une multiplicité d’acteurs institutionnels : ministères des Affaires étrangères, de la Culture, de l’Intérieur, services consulaires…

Or, ces différentes administrations évoluent trop souvent en silos, sans coordination entre elles. Chacune campe sur ses prérogatives, ses textes de référence, ses cultures professionnelles spécifiques. Résultat : une absence de vision globale et transversale de la problématique de la circulation des artistes.

Pourtant, seule une approche interministérielle permettrait de décloisonner le sujet et de faire converger les actions des multiples parties prenantes. Mais les tentatives en ce sens restent embryonnaires. Quelques réunions informelles ont lieu, sans traduction concrète faute d’un cadre institutionnel dédié.

Certains pays ont timidement expérimenté la création de structures rassemblant les ministères concernés, comme le Comité Visas Artistes en France. Mais leur existence fragile dépend du bon vouloir de leurs membres. Elle repose sur des équilibres politiques mouvants plutôt que sur une assise juridique solide.

Ce manque de coordination transparait cruellement dans le manque de fluidité des circuits. Les dossiers passent de service en service sans que personne n’ait une vision d’ensemble. Les décisions se prennent en vase clos, générant blocages et absurdités.

Au final, cette approche fragmentée dessert les artistes, qui se retrouvent pris dans les limbes administratifs. Elle empêche aussi les différents ministères de tirer pleinement profit de leur collaboration, alors même que leurs périmètres se superposent largement.

La difficulté de justifier du statut d’artiste

Enfin, l’identification même du statut professionnel pose problème à de nombreux artistes africains. Beaucoup évoluent dans une économie largement informelle, où les contrats écrits et justificatifs officiels sont rares. Comment prouver son métier de musicien, de comédien ou d’artiste plasticien sans documents étayés ?

Cette absence de preuves matérielles du statut artistique empêche l’examen approfondi des demandes de visa. Privés d’éléments tangibles, les services consulaires rejettent plus facilement les dossiers. Ils se cantonnent à vérifier la conformité des pièces administratives fournies, faute de pouvoir apprécier la situation réelle du demandeur.

Pourtant, nombre d’artistes jouissent d’une solide réputation locale ou nationale, attestée par la presse ou le public. Mais ces formes de reconnaissance informelles ne suffisent pas face aux exigences de certification des institutions officielles. Seuls des cachets, fiches de paie ou contrats sont pris en compte.

Quelques pays africains ont mis en place des mécanismes nationaux d’enregistrement des artistes, mais cela n’a aucune valeur juridique en dehors des frontières. Et les procédures restent complexes pour des créateurs peu habitués aux démarches administratives.

L’absence de documents attestant clairement de leur statut place donc de nombreux artistes dans une situation délicate. Elle sape la légitimité de leur demande de visa, vu comme abusive ou non justifiée par les autorités consulaires. Un cercle vicieux qui requiert des solutions adaptées.

L’addition de tous ces facteurs – incompréhension des agents, lourdeurs administratives, cloisonnements institutionnels, difficultés de certification – forme un écheveau de blocages qui entrave gravement la mobilité des artistes. Des évolutions timides ont eu lieu depuis quelques années, avec par exemple l’allongement de la durée des visas. Mais elles restent largement insuffisantes au regard de l’ampleur des défis.

Pour fluidifier véritablement la circulation entre l’Afrique et l’Europe, des changements structurels sont nécessaires. Ils supposent une forte volonté politique et un engagement coordonné des différents pays et ministères. Le jeu en vaut la chandelle : c’est une coopération culturelle dynamique et équilibrée qui se joue à travers cet enjeu.

Mobilité artistique : des solutions concrètes à mettre en œuvre

Pour relever le défi de la fluidification des échanges culturels entre l’Afrique et l’Europe, des pistes d’action tangibles existent. Elles impliquent un engagement fort des pouvoirs publics des deux côtés, à la fois au niveau national et européen. Plusieurs chantiers peuvent être explorés pour lever progressivement les blocages actuels.

Former les agents consulaires

Un effort majeur de formation des agents consulaires apparaît indispensable pour surmonter l’écueil de leur incompréhension face aux spécificités du milieu culturel. Des modules obligatoires de sensibilisation doivent être mis en place de façon systématique. L’objectif : permettre à ces agents d’appréhender la nature réelle des projets artistiques et des parcours atypiques.

Ces formations pourraient s’inspirer de bonnes pratiques déjà existantes, comme le programme initié par le réseau On the Move. Destiné aux attachés culturels des ambassades européennes, il vise à créer des passerelles de dialogue avec les opérateurs. De tels dispositifs méritent d’être généralisés à l’ensemble des personnels en charge de l’instruction des visas.

Les contenus pourraient couvrir différents volets : présentation du secteur culturel africain et de ses acteurs, décryptage des enjeux de la mobilité artistique, explication des textes internationaux sur les droits culturels… L’intervention de professionnels de la culture apporterait un éclairage précieux sur les réalités de terrain.

En parallèle, des chartes pourraient être élaborées pour clarifier les grilles d’analyse utilisées dans l’examen des demandes de visa. Sur le modèle de ce qui existe dans le milieu universitaire, des lignes directrices communes fixeraient le cadre général au niveau européen. L’invitation par une structure culturelle reconnue serait par exemple considérée comme suffisante pour certifier le motif du déplacement.

Bien évidemment, ces chartes devraient être co-construites avec les réseaux professionnels du secteur culturel. Leur expertise permettrait d’établir des critères à la fois exigeants et adaptés aux contraintes des métiers artistiques. Une collaboration étroite est indispensable pour garantir l’efficacité des mesures.

Simplifier les procédures

La complexité administrative liée aux visas doit également être combattue grâce à la mise en œuvre rapide et complète de la numérisation des procédures. La création d’un portail unique de dépôt en ligne des demandes de visa Schengen, déjà actée dans son principe, doit devenir opérationnelle.

Accessible à tous les postulants, ce guichet simplifierait grandement les démarches. Plus besoin de se déplacer physiquement. Les échanges dématérialisés fluidifieraient les demandes de pièces complémentaires. Un espace personnel permettrait de suivre l’avancée de son dossier en toute transparence.

En parallèle, l’allongement de la durée des visas à entrées multiples de 3 à 5 ans faciliterait la mobilité sur le long terme. De même, leur attribution pourrait être étendue à tous les artistes disposant d’un historique positif de voyages antérieurs. Ces assouplissements concrets, adoptés en 2019, doivent être mis en pratique de manière homogène dans tous les pays.

Bien sûr, la dimension humaine doit être préservée dans ces dispositifs, avec des agents disponibles pour résoudre les problèmes. Mais le numérique ouvre des perspectives inédites pour simplifier des procédures souvent vécues comme un parcours du combattant kafkaïen par les demandeurs. Les nouvelles technologies doivent être mises au service de la fluidité.

Coordonner l’action publique

Le cloisonnement entre institutions appelle également une réponse ferme, à travers une coordination renforcée de l’action publique. Des instances régulières de discussion et de pilotage stratégique doivent être mises en place, associant les ministères des Affaires étrangères, de la Culture et de l’Intérieur.

Ces cadres d’échange permettront aux différentes administrations de mieux articuler leurs interventions, au lieu d’agir en silos étanches. Ils favoriseront l’élaboration d’une politique publique transversale et cohérente sur la question migratoire.

La constitution de ces instances de concertation pourrait s’inspirer d’expériences récentes telles que le Comité Visas Artistes en France. Bien qu’embryonnaire, cette structure a d’ores et déjà permis de faire dialoguer les différents acteurs et de désamorcer des blocages. Un tel dispositif gagnerait à être institutionnalisé et exporté au niveau européen.

Son assise juridique devra être solide pour éviter qu’il ne soit tributaire des aléas politiques et des équilibres de pouvoir. Son positionnement auprès du ministère des Affaires étrangères, en charge de coordonner l’action extérieure, semble pertinent pour fédérer l’ensemble des parties prenantes.

Certifier le statut d’artiste

Enfin, la difficulté à prouver son statut d’artiste requiert le développement de mécanismes de certification adaptés aux réalités des créateurs africains. L’instauration d’une carte professionnelle européenne, sur le modèle français de la carte d’intermittent du spectacle, faciliterait grandement les démarches de visa.

Reconnaissant officiellement la qualité d’artiste ou de professionnel de la culture, ce document constituerait un sésame précieux pour justifier du motif du séjour. Délivrée pour une durée limitée, sous condition d’activité avérée, la carte simplifierait la constitution des dossiers.

Son obtention pourrait s’appuyer sur une procédure allégée de candidature en ligne, accessible même dans des zones reculées. Le partenariat avec les organisations professionnelles servirait de garantie qualitative. Des équivalences avec des dispositifs nationaux comme les registres d’artistes assureraient la prise en compte des contextes locaux.

Là encore, la mise en œuvre d’une telle carte européenne implique un dialogue étroit avec les acteurs culturels africains. L’objectif doit être de certifier le statut d’artiste sans imposer de critères rigides inadaptés aux secteurs informels. La flexibilité des dispositifs est essentielle pour toucher le plus grand nombre.

Ces différents chantiers – formation, simplification, certification – doivent s’articuler pour lever les blocages de manière progressive mais ambitieuse. L’ampleur des défis impose des solutions systémiques, à la hauteur des obstacles identifiés. Seules des réformes structurelles permettront de rénover en profondeur la mobilité artistique entre l’Afrique et l’Europe.

Les outils et les bonnes pratiques existent déjà, à petite échelle ou de façon embryonnaire. Le principal ingrédient encore manquant est une volonté politique pour les déployer à grande échelle. Côté européen comme africain, les pouvoirs publics doivent s’emparer du sujet et lui donner une priorité politique au plus haut niveau.

Les intérêts sont partagés pour placer ces enjeux de circulation au coeur de la relation entre les deux continents. Au-delà des libertés individuelles, c’est tout un pan du dialogue interculturel et de la diplomatie d’influence qui se joue. Le secteur culturel a un rôle majeur à jouer pour porter ce message auprès des décideurs politiques.

La mise en œuvre efficace de ces solutions concrètes nécessitera aussi des moyens humains et financiers dédiés. Les ambitions affichées devront être traduites dans les budgets publics pour initier une véritable transformation structurelle. C’est à ce prix que la mobilité artistique pourra redevenir ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : une circulation apaisée au service du partage culturel.

Enjeux de la mobilité artistique : au-delà des artistes, c’est le dialogue Afrique-Europe qui est en jeu

Les obstacles à la mobilité des artistes entre l’Afrique et l’Europe ont des implications qui dépassent le seul cadre des professionnels de la culture. Faciliter la circulation des créateurs entre les deux continents revêt des enjeux cruciaux à plusieurs titres.

Renforcer le dialogue interculturel

Tout d’abord, fluidifier les échanges artistiques permet d’enrichir le dialogue interculturel entre les sociétés africaines et européennes. Les artistes sont des passeurs privilégiés de visions du monde, d’imaginaires, de valeurs. Leurs voyages nourrissent des ponts réciproques de compréhension mutuelle.

Accueillir davantage de créateurs africains en Europe, c’est ouvrir à de nouveaux publics l’accès à la vitalité et à la diversité des cultures du continent. Réciproquement, donner plus de possibilités aux Européens de se rendre en Afrique favorise une remise en question salutaire de leur approche artistique.

Ces interactions nourrissent la curiosité et la connaissance de l’autre. Elles luttent contre les préjugés et les représentations figées véhiculées par certains médias ou discours politiques. Face aux tentations d’incompréhension ou de rejet, l’ouverture culturelle rappelle notre humanité partagée.

Dans un contexte mondialisé, le dialogue interculturel revêt une importance accrue. La mobilité des artistes est un outil essentiel pour l’approfondir, à condition qu’elle puisse s’exercer dans de bonnes conditions. C’est une chance unique de rapprochement entre les peuples du Nord et du Sud.

Concrétiser le droit à la diversité culturelle

Par ailleurs, fluidifier la circulation entre l’Afrique et l’Europe permettrait de mieux concrétiser le droit à la diversité des expressions culturelles, inscrit dans la convention de l’UNESCO.

Ce texte rappelle l’importance du pluralisme créatif et de la libre interaction entre les cultures. Or, de nombreux pays africains dénoncent une relation déséquilibrée avec l’Europe, où la diffusion Sud-Nord prime sur la réciprocité. Faciliter la mobilité permettrait de rééquilibrer ces flux.

L’ambition doit être de garantir une véritable diversité des expressions culturelles partagées, et pas seulement consumées. Cela suppose que les créateurs africains puissent diffuser leurs oeuvres en Europe pour y exposer la richesse de leurs imaginaires. Et inversement, que les artistes européens aillent s’inspirer des cultures africaines par des séjours prolongés.

La convention de l’UNESCO consacre ces échanges culturels équitables comme un enjeu de société majeur. Mais son application concrète se heurte encore à de nombreux blocages, comme le dénonce l’organisation Arts Rights Justice. Les politiques publiques doivent s’en saisir avec force pour passer de la théorie aux actes.

Exercer une liberté fondamentale

Par ailleurs, la possibilité de circuler librement entre les pays renvoie à une liberté fondamentale : celle de toute personne à participer à la vie culturelle et artistique. Ce droit est garanti par l’article 27 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme.

Or, entraver la mobilité des artistes bafoue ce droit élémentaire. C’est porter atteinte à la liberté de créer, collaborer, partager avec des pairs situés ailleurs. Les blocages actuels placent de facto certains individus dans l’incapacité d’exercer pleinement leur art.

Au-delà des textes, c’est le sens même de la liberté de circulation qui est ici en jeu. La possibilité de voyager, découvrir d’autres horizons, s’enrichir de diverses influences est fondamentale pour tout être humain. Elle l’est encore davantage pour des créateurs appelés à repousser les frontières de l’imaginaire.

Derrière les statistiques et les procédures, ce sont des femmes et des hommes qui aspirent à vivre de leur art sans entrave. Des individus qui veulent exercer leur passion en toute liberté, en dehors de contingences géographiques. Ce droit à la mobilité mérite d’être réaffirmé haut et fort.

Développer les relations entre deux continents

Enfin, aplanir les obstacles à la mobilité artistique permettrait de resserrer les liens dans toutes les sphères entre l’Afrique et l’Europe. Les échanges culturels sont un puissant vecteur d’influence et de compréhension mutuelle. Ils irriguent plus largement les relations diplomatiques, économiques, universitaires.

Sur le plan politique, la multiplication des initiatives culturelles communes contribue à renforcer la confiance. Du point de vue économique, le développement des industries créatives en Afrique ouvre des opportunités de partenariat fructueux. Dans le domaine éducatif, les co-diplômes universitaires tirent profit de ces interactions.

Au final, c’est potentiellement toute la relation entre ces deux voisins proches que la fluidité culturelle permettrait de dynamiser. Elle pourrait initier une nouvelle ère, celle d’un partenariat rééquilibré débarrassé de la condescendance post-coloniale. Un lien renouvelé, tourné vers les enjeux du XXIème siècle.

Bien sûr, ce tableau doit être nuancé, pour éviter les discours incantatoires sur les vertus de la culture. De fortes résistances persistent des deux côtés. Mais l’approfondissement des relations passe aussi par le déverrouillage des mobilités artistiques. Les responsables politiques gagneraient à s’en emparer.

Ces différents enjeux donnent la mesure des défis soulevés par la circulation entre l’Afrique et l’Europe. Au-delà des professionnels de la culture, c’est le dialogue entre deux continents proches géographiquement mais éloignés culturellement qui se joue.

L’amélioration des dispositifs ne relève donc pas seulement d’un ajustement technique. Elle engage une vision politique et le volontarisme des décideurs publics pour hisser la question à la hauteur des intérêts stratégiques en jeu. Le mot d’ordre doit être : placer la culture au cœur des relations internationales.

Vers une coopération culturelle dynamique entre l’Afrique et l’Europe

Améliorer la mobilité des artistes entre l’Afrique et l’Europe nécessite des changements structurels ambitieux de part et d’autre. Les défis sont multiples mais des solutions concrètes existent déjà, qu’il s’agit désormais de déployer à grande échelle.

Cela passera par un engagement politique pour hisser ces enjeux au sommet des priorités de la relation entre les deux continents. Les outils sont là, à l’image de la formation des agents consulaires, de la numérisation des procédures ou de la certification des statuts d’artistes.

Mais leur mise en œuvre efficace suppose aussi des moyens financiers et humains dédiés. Les ambitions affichées devront se traduire dans les budgets publics eu européens et africains. Le NERA projet en Côte d’Ivoire, cofinancé par l’UE, montre la voie.

Surtout, des changements d’approche sont nécessaires. Les autorités publiques ont le devoir de co-construire leurs politiques de mobilité avec les acteurs culturels, en s’appuyant sur leur expertise de terrain.

Le secteur culturel a également un rôle central à jouer pour porter ces enjeux sur l’agenda politique et médiatique. La mobilité artistique doit (re)devenir un sujet de débat public et une priorité diplomatique.

Les initiatives positives existent, qu’il s’agit désormais d’amplifier à travers un dialogue revitalisé. Le mot d’ordre doit être : placer la culture au cœur des relations entre l’Afrique et l’Europe, pour une coopération rééquilibrée tournée vers les défis contemporains.

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